Dans le vide de la parole se manifeste l’homme, en tant qu’un sujet de nature indéterminé. L’homme n’est pas un être achevé. La parole est essentielle à l’homme car elle lui permet de tenter de tout comprendre, de tout dire, de s’assimiler ce qui lui semble le plus étranger, agir dans des situations, bref, exister.
mardi 24 janvier 2012
lundi 28 mars 2011
lundi 17 janvier 2011
Un sourire à définir
samedi 28 août 2010
Clairvoyance
vendredi 21 août 2009
Le Rituel de l'attente.

mercredi 8 juillet 2009
Le Balcon : de la perdition et de la perversion humaine
Dehors, la révolution gronde. Au bordel, Mme Irma règne jalousement sur son petit monde. Dehors, l’autorité vacille. Au bordel, un évêque ? Un juge ? Un général ? Fantasment à qui mieux mieux. Dehors, la ville est à feu et à sang. Mais que fait donc la police ?
Dans cette pièce, fable sordide appartenant à la mythologie contemporaine, Genet divise les espaces : La pièce vacille entre un intérieur luxueux, fantaisiste, éphémère et un dehors « no man’s land » des révolutions individuelles enfouies. L’auteur ne distingue ni époque ni pays précis, elle s’inscrit dans un « maintenant » intemporel.
Jean Genet divise les hommes, les uns ceux de la maison close, s’abandonnent dans une virtualité totale ; les autres ceux de dehors, également en perdition mais dans une réalité beaucoup plus concrète, s’adonnent à une lutte rebelle. L’urgence de la situation est grande, les maux aussi.
Le Balcon est par sa multiplicité et sa complicité, une pièce foisonnante qui permet l’exploration et la dissection des facettes humaines.
Le Balcon, théâtre de la transition entre une crise individuelle et une crise collective, inscrivait déjà ce thème. Et alors que la révolution s’engage dans la ville, le « Grand balcon », maison de prostitution, apparaît comme une réelle existence, comme l’essence du théâtral.
« Un des thème de cette pièce la mort définitive de mythes déjà exténués et la naissance d’un autre, arrogant sans doute, mais qui serait peut-être s’accepter cette naissance au fond d’une misère et d’une objection mythique. » Roger Blin.
Cette présentation est remarquablement structurelle pour un théâtre de la guerre en déplaçant paradoxalement son référent. Elle postule peut-être pour une représentation de la guerre plus universelle. Elle fait du théâtre une pratique transitoire.
La maison d’illusion est définit comme tant un lieu « Qui représente la société, (où) de petite gens jouent la réalisation de leur rêves ». De là le statut de la maison d’illusion se définit ouvertement comme artificiel. Irma, ne dissimule aucunement le mensonge que recouvrent les mythes sociaux dont s’inspirent ses clients. Elle n’abuse personne, C’est par cette franchise qu’elle oppose sa maison à la société hypocrite.
La victoire d’Irma fut la transformation du balcon d’un bordel, reconnu depuis longtemps comme un paradis du toc, en un lieu phare pour le peuple vaincu. Celui-ci ne peut plus croire en l’authenticité des dignitaires qui le gouvernent. En faisant tomber leurs masques, ils abandonnent du coup leur identité. L’institution d’Irma est désormais le siège du pouvoir.
Le balcon, maison d’illusion, est le premier espace qui marque la réalité à l’intérieur de la pièce, lieu de la révolution, il n’en est pas moins lieu de fantasme où le pouvoir naît et prend forme.
Le deuxième espace, indique la réalité extérieure, à savoir celle des spectateurs hors du théâtre, il y est fait allusion à la fin de la pièce :
« Carmen ?...Carmen ?...Tire les verrous, mon chéri, et place les housses… (Elle continue d’éteindre.)Tout à l’heure, il va falloir recommencer…tout rallumer … s’habiller… (On entend le chant d’un coq.)… s’habiller…ah, les déguisements ! Redistribuer les rôles…endosse le mien… (Elle s’arrête au milieu de la scène, face au public.)…préparer le votre…juges, généreux, évêques, chambellans, révoltés qui laissez la révolte se figer, je vais préparer mes costumes et mes salons pour demain… il faut rentrer chez vous, où tout, n’en doutez pas, sera encore plus faux qu’ici…Il faut vous en aller… vous passez à droite, par la ruelle… (Elle éteint une dernière lumière.) C’est déjà le matin. Un crépitement de mitrailleuse. » Rideau.
vendredi 26 juin 2009
Blanc ou Noir... dites-vous?

...La pièce de Jean Genet, Les Nègres, a pour sous-titre aussi "clownerie".L'auteur l'a voulue une caricature grossissante du conflit qui gère les rapports entre Blancs et Noirs. C'est toujours la même thématique reprise, travaillée à travers ses différentes pièces: le rapport à l'autre, le rapport du dominant au dominé.
La force de la pièce réside dans le fait que Genet ne se contente pas de dénoncer les stéréotypes qui ont forgés le nègre, il entreprend de désintégrer dans les esprits l'imagerie qui s'y attache.
le rituel que met en scène la pièce est à la fois une mise à mort et une mise en pièce, une mise à mort du blanc et la mise en mort de toute cette gangue qu'il a siècle après siècle ,tissé autour du nègre. Une fois le tissu de clichés et de préjugés déchiqueté, le Noir retrouvera sa vraie couleur et l'Afrique enfin prendra son envol. Le numéro qu'annonce Archibald au début du spectacle n'est rien d'autre que ce geste d'émancipation:
"Si nous tranchons des liens, qu’un continent s'en aille à la dérive et que l'Afrique s'enfonce ou s'envole..."
Ces Nègres pour une conscience blanche, ils sont juste l'Afrique en ceci qu'ils symbolisent l'état dans lequel le blanc se délecte à les amener à les fixer.....
C’est aussi la mise en pièce de cette gangue séculaire qu'il a de considérer le noir tantôt avec une vision grossissante qui pousse le paroxysme jusqu'à l'exagération de la sauvagerie, de la sexualité, la sensualité du noir et tantôt de le diminuer, le rétrécir jusqu'au non-être : sans foi ni loi, ni religion, le chosifie, le minimise au rang d'objet, d’une bête de somme, d’un lucre.
Comme moyen de défense,ce noir,déterritorialisé,déraciné,arraché à sa terre natale,jeté dans un exil total,privé de son identité sans patronyme,la seule nomination qu'il portera c'est la marque du blanc:une marque onomastique qui en dit long sur les pratiques exclavagistes,inhumaines qu'à subit le noir. Marqué au fer rouge, sujet à toute violence, sa douleur extirpe la douleur, la magnifie en blues,jazz, pop, regue, gnawa ou autres.
De là, le noir expatrié, humilié dans son âme et sa chair tentera de se défendre en jouant au Nègre, en adoptant un masque, en cachant son identité au plus profond de son intériorité. En s'apprêtant au simulacre, il sera un comédien et son lieu c'est la scène. N’importe où il ira se sera pour lui une scène où il jouera le fantasme du Blanc, c’est à dire le Nègre.
Nous sommes tentés de s'interroger avec NIcole Pierre: qu'est ce qu'un NOIR? Pour elle, le noir c'est un exil, pour nous, le noir n'est qu'une couleur!
Si toutes les douleurs étaient Noires!
...
lundi 8 juin 2009
Un passager de l'occident...ou l'éternel errant...
L’homme maghrébin, comme le cavalier « déshérité » ou comme le héros de Cervantès, le conte De La Mancha, ce cavalier menant une errance délirante où il combat des ennemis invisibles, cet « héraut » selon l’expression de Farès poursuit sa recherche de valeurs dans son univers où se télescopent les influences et les courants les plus contradictoires.
Dans ce roman où les histoires internationales, humanitaires, parfois même faisant référence aux mythes « androgyne », la tour de Babel (une bouillie de langues), les itinéraires de plusieurs héros s’entrecoupent, des quêtes de bonheur entre ciel et terre, des descentes aux Enfers, au-delà de la mémoire « les périmètres désertiques vacillèrent vers la mélancolie d’un autre âge. Eurydice se souvint d’amour, d’espoir, avalés à grand souffle… « Tristessa… » Conchita écoute. Je la regarde, et telle Eurydice, au-devant d’Orphée, elle me guida vers la mort.
Quelques jours plus tard je bombardais Conchita de questions, et prévoyais un départ au plus loin de la terre » .
« Un départ au plus loin de la terre » ainsi se clos la quatrième séquence « A la Romance » et s’ouvre l’errance physique de Brandy Fax et Conchita à travers l’Espagne, un voyage au bout de la nuit. C’est sur cette nuit que ce roman nous interroge, sur le doute et sur la peur qu’on tente d’exorciser en les nommant. Et l’errance dans la noirceur de nous même, dont nous voudrions tirer une lumière, ce voyage au bout de la nuit que l’homme essaie d’effectuer, la trajectoire de sa pensée, la quête de sa méditation, se dessinent aux contours d’ images qui pourraient dire le parcours de son voyage intérieur. Ce voyage au non de l’amour qui est vie, sous le signe du mouvement qui est encore un paramètre essentiel de la vie. Au nom de l’écriture et en faveur de l’appel des origines. Il est curieux de noter ici comment Brandy Fax définit Conchita Lopez, sa compagne de voyage « qui est Conchita ? Merveille de pouvoir répondre à cette question. Car Conchita appartient au voyage du corps et de l’esprit. Ainsi est-elle ! »
Dans ce roman animé du souffle de l’aventure, il est principalement question du passé, qui relie les personnages dans une histoire individuelle et collective : souvenirs d’enfance fédérateur d’une parole commune, tragédies portées par des mémoires encore fraîches mais ce n’est pas une analyse ou un procès de l’écriture qui dit du temps mais plutôt l’étude du destin que le héros s’est choisi qui aide à repérer les idées latentes du récit. Une errance qui force la mémoire pour opérer la résurrection du passé.
Promenade au travers de l’enfance, des pays proches et lointains, des lieux de rencontre et de séparation. Le roman retrace les événements qui ont bouleversé l’enfance et la jeunesse. Voyageur impénitent, le héros avance à « pas » de poésie dans l’herbe du souvenir. Son passé le rattrapera sans cesse afin qu’il n’oublie jamais ses origines kabyles, afro-américaine ou espagnole. Tourmenté par ce lourd passé, ces voyages en France voire même en occident sont autant d’étapes vers la sagesse qui secondent son passage au monde, à la manière des récits initiatiques.
Pour échapper à ses souvenirs, il devra quitter sa ville, sa famille, une certaine identité, à la recherche de sa vérité qui est contre culture et contre pouvoir. Ses idées le mèneront de l’autre côté de la méditerranée, vers ce pays qui le fascine, dans une tragique épopée où il sera confronté à bien des aventures mais aussi à l’horreur du racisme et de l’exclusion.
Face à la déterritorialisation, l’écriture vient comme une blessure car c’est une tentative de reterritorialisation symbolique à base d’archétypes, de sexe, de sang et de mort. Pour Nabile Farès c’est aller vers « le maximum de sobriété, le maximum de pauvreté ; vers l’écriture « blanche » ou le degré zéro de l’écriture _ celle de Boujedra des poèmes de Dib, ou celle des romans de M. Mammeri ». Car si dans ces moments « romancériens », écrit Farès, j’apparais comme un zéro qui vadrouille, je dois dire que la vadrouille de ce zéro semble mystérieusement active. Il suffirait qu’un événement provoque l’activité de ce zéro pour que, immédiatement, surgisse la multiplication des capacités du zéro » (p 59)
Véritable voyage initiatique_ dans le sens psychologique du terme (initiation à la mort) _ à la saveur d’exotisme et de rêve, les aventures du héros l’entraînent dans une errance perpétuelle. Sur sa route, il rencontre des personnages qui enrichissent chaque épisode d’une dimension quasi-philosophique. Grâce au mouvement, le héros est dans une autonomie, il est dans sa propre identité : absence de pôles. Le héros se divinise car il n’est plus dans un rapport de dépendance, il a compris le mouvement idéologique esclavagiste. Le héros est lui-même dans cet ailleurs qui n’est pas espace de fixité, mais théâtre de passage, de séjours brefs, de renouvellement. Il s’inscrit dans la brièveté, dans la transition et dans l’errance éternelle car « un passager » est à la recherche d’un récit et le récit vient comme fruit du mouvement qui est une possibilité d’être, comme l’écriture est elle-même rythme. Le héros de Nabile Fares s’inscrit dans l’errance moderne, un héros problématique forcément du moment qu’il a choisi l’exil comme lieu d’ancrage d’un futur meilleur. Mais cet idéal est vite effrité face à la réalité de cette terre d’exil : un rêve qui se solde par la déception et l’échec.
La quête continue forcément, car cet idéal qui l’érige est lui-même mouvement et catalyseur de la quête. Or la quête ne peut pas s’arrêter et ce n’est pas tant que parce que le héros voyage dans le monde et ne trouve rien qui correspond à ce qu’il cherche. Mais parce qu’en même temps, et surtout, que ce voyage en apparence extérieur (dans la réalité du monde) est surtout une métaphore d’un voyage beaucoup plus essentiel, primordial, qui est un voyage en soi (voyage intérieur), voyage de la connaissance de soi en soi.
mercredi 20 mai 2009
Verre Cassé

Verre cassé est un discours secondaire, roman par excellence de l’intertextualité.
Verre cassé, de l’écrivain congolais Alain Mabanckou est une vaste critique sociale. Tout s’y mêle et s’agence bien : l’ironie, la dérision, la parodie, le pastiche, la référence, l’allusion. Les narrateurs rient beaucoup pour faire passer le tragique.
Verre cassé affiche l’intertextualité dans une logique d’école de critique : lecture de repérage.
Dès le titre quelque chose est cassée, le lieu de l’action est un bar d’où l’intérêt de se demander quelles histoires seront abordées par le narrateur et si l’on prend en considération la dimension polyphonique du roman, on parlera de pluralité de voix.
Les protagonistes sont des personnages picaresques qui veulent s’en sortir et que le romancier veut élever au rang de héros. Ascension impossible, cependant le voyage dans l’espace et dans le temps continue, l’écriture voyage d’un bout à l’autre de la mémoire et du monde.
Aborder l’histoire d’un retour au pays natal (le cahier d’un retour au pays natal de Aimé Césaire p 23). On est perpétuellement dans le second, voire le troisième degré.
Au delà de l’histoire ou des histoires racontées, tout dans verre cassé est traversé par l’intertextualité : la nomination de l’espace, des personnages, des lieux, des événements, la syntaxe etc.
La focalisation du récit sur un lieu salubre, un bar, en fait du roman une écriture de rumeur, qui touche les secrets des personnes et donc accorde à l’oralité de l’écriture une importance importante. Dans ces lieux interlopes l’écriture devient le réceptacle de néologisme. La syntaxe est du coup non classique : absence de point, de majuscule. Le texte mime cette oralité feinte et en adopte structurellement parlant la cadence. Cependant, ce texte trahit un travail de recherche dans l’écriture et aussi dans la construction. La coquetterie et la finesse de l’auteur se sentent derrière ce rideau de vulgarité et de déconstruction.
Verre cassé peut être qualifiée comme un débat de l’écriture et de l’oralité. Une ouverture large de la bibliothèque de l’écrivain et une fenêtre sur sa culture livresque et aussi culture orale. L’intertextualité qui veut taire les sources africaines, échapper à ce déterminisme sert aussi comme voyage dans le temps, montrer que les frontières sont poreuses, perméables au mélange des genres. C’est aussi une remontée, un voyage initiatique, une catharsis, un détachement d’avec cette quête identitaire, avec le mythe des origines.
L’intertextualité se lit aussi à travers la forme du texte et non seulement le contenu. En effet, verre cassé est construit sur le modèle des textes grecs : prologue,les digressions, la fin annonce le prolepse de tout le roman.
Par le biais d’une syntaxe brisée ,, le néologisme, les formes populaires, la présence de l’oralité : le débit la cadence de l’oralité se lisent au niveau de l’écriture. des héros qualifiés d’anti-héros , histoire de petit gens miséreux, Alain mabanckou reste fidèle à son époque et à la génération des nouveaux écrivains africains en s’éloignant des thèmes classiques traités par l’ancienne génération tels que : la patrie, la mère, la race . la bibliothèque du narrateur échappe à ce déterminisme qui a contraint les anciennes générations qui n’écrivent que sur des icônes. L’histoire est écartelée, les personnages avachis par l’inaction et la beuverie, la parole demeure comme le seul acte libérateur.
Avec verre cassé, la dérision devient intellectuelle et intertextuelle. Cependant, la dérision commence en Afrique vers 1968 avec Le devoir de violence, de Yambo Oualoguen. Qu’est ce à dire ? Verre cassé remet en question toute cette littérature ingurgitée, ce savoir appris par cœur, un savoir académique ancien, dépassé mais incontournable. Le problème de la génération d’Alain Mabanckou est double : esthétique dans le sens de la recherche de nouveauté, mais surtout une tentative de réhabiliter la culture africaine.
L’intertextualité devient une notion beaucoup plus opératoire qui invite à des analyses précises et minutieuses. Le roman constitue une mise en abîme à d’autres romans anciens ou contemporains. Par exemple quand il écrit à la page 171 : « je me souviendrai toujours de ma première traversée d’un pays d’Afrique, c’était la guinée, j’étais l’enfant noir (Camara Laye),j’étais fasciné par le labeur des forgerons, j’étais intrigué par la reptation d’un serpent mystique qui avalait un roseau que je croyais tenir réellement dans ses mains, et très vite je retournais au pays natal (aimé Césaire), je goûtais aux fruits si doux de l’arbre à pain (Tchicaya U Tam’si), j’habitais dans une chambre d’hôtel la vie et demi (Labou Tansi), qui n’existe plus de nos jours où chaque soir, entre jazz et vin de palme(Dongala), mon père aurait exulté de joie, et je me réchauffais au feu des origines (Dongala).. ». Les exemples abondent dans l’œuvre.
Pour régler certains problèmes d’ordre religieux ou politico social, Alain Mabanckou fait recours à la dérision totale comme but et fin de l’intertextualité. La formule « j’accuse » reste une allusion très forte et une critique de ce qui se passe dans les hautes sphères politiques « les nègres du cabinet présidentiel se sont mis au travail forcé avec une sagaie de Chaka Zoulou et une épée de Damoclès qui pondait au dessus de leur tête » (V.Cp22) aujourd’hui l’épée de Damoclès reste dans le langage courant pour signifier le danger qui plane sur quelqu’un. Alors que par la dialectique de la sagaie, l’auteur fait un clin d’œil à un homme au charisme exceptionnel, Chaka Zoulou qui a favorisé l’émergence d’une grande nation homogène, prospère et respectée. Mais avant de bâtir, le cyclone que cet impitoyable « nègre » de l’apocalypse a fait souffler sur son passage, aura saccagé avec une rare démesure les anciens piliers d’une configuration ethnosociale complexe.
Par le biais du pastiche, plusieurs formules et adages sont remis en question : « les gens oublient malheureusement qui en ont été les vrais auteurs et ne rendent pas à Césaire ce qui est à Césaire » (V C p23) en pastichant certaines citations politiques comme « la religion est l’opium du peuple »ou faire allusion à l'« hostie noire » la pièce les Nègres de Jean Genet, ou encore certains proverbes bibliques comme « il faut rendre à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu », il remet en question les affirmations concises d’usage commun, exprimant des croyances répondues, des vérités empiriques et des conseils populaires. Cette sagesse populaire qui a ses racines parfois dans le politique, le plus souvent dans la religion ou s’enracine dans le folklore est véhiculée par la tradition orale. Dans verre cassé, l’auteur n’a épargné aucun domaine sans en citer des exemples ou des références, comme avec cet exemple un clin d’œil à l’équipe de foot : « tout le monde sait que le Cameroun restera toujours le Cameroun, et il ne viendra à l’idée d’aucun pays du monde de lui voler ses réalités et ses lions qui sont de toute façon indomptables… » (v.c p25).
C'est un très beau texte que je vous recommande absolument. vous serez surpris...
Pour plus d'informations sur le livre ou sur l'auteur Alain Mabanckou, veuillez consulter ma liste des blogs.
vendredi 1 mai 2009
Balzac et la petite tailleuse chinoise.

Dai Siji, Balzac et la petite tailleuse chinoise, Edition Gallimard, collection Folio, 2000
Un livre qui renferme plusieurs indices autobiographiques. à partir du titre, le lecteur est saisi par un mélange féerique entre tradition narratologique chinoise et le monde occidental par le biais de l’écrivain de La Comédie humaine, à savoir Balzac. Le décalage entre la fiction et la réalité va être réduit.
C’est un livre qui retrace une période historique pénible que le peuple chinois a dû supporter : voir ses écoles fermer, accusées d’être un lieu de dépravation et de formation d’ennemis de la révolution de Mao.
On peut même penser que l’auteur a voulu dénoncer des événements dont il a été lui-même victime_ d’une part, parce que le discours des deux amis raille le pouvoir et l’idéologie communiste (pour légitimer une sonate de Mozart, Luo a dû l’associer au nom du père de la révolution rouge « Mozart pense au président Mao ») d’autre part parce que Dai Siji, n’est pas sans de multiples points communs avec le narrateur de son récit
Le texte s’ouvre sur deux jeunes chinois, exilés « politiques » du pouvoir communiste en place, destinés à être rééduqués par des paysans ignorants. Dans la montagne du Phénix du Ciel, lieu si éloigné de la civilisation, Luo et le narrateur se transformèrent en saltimbanques : ils jouaient du violon ou racontaient des histoires, des films, etc. histoire triste mais traversée par un humour acerbe qui relate des faits parfois à l’odeur nauséabonde, scatologiques comme la corvée des transport des sceaux d’excréments.
Leur douloureux apprentissage ne fait que commencer et l’intelligence de Luo leur a valu bien des privilèges.
Le deuxième chapitre de ce roman est organisé autour d’un unique enjeu : « le Binoclard possédait une valise secrète, qu’il dissimulait soigneusement ». En effet ce personnage avait en possession une valise de livres bannis. Dès lors, la lecture sera leur seule consolation dans ces contrées tellement éloignées de toute forme de civilisation. Ainsi, BALZAC sera leur première bouffée d’air libre qui sera d’ailleurs le début d’un désir inassouvi de lecture, de la seule échappatoire possible vers le monde imaginaire et tellement convoité par nos jeunes « intellectuels » révoltés.
Aidés par la petite tailleuse chinoise, nos deux jeunes héros ne ménagent aucun effort pour s’approprier la valise secrète, et donc de nombreuses péripéties, et aventures dont la plupart scabreuses vont être relatées toujours avec un sens de l’humour hors pair. Une idée des plus séduisante de ce livre est que le butin tant convoité est composé de livres. Interdits, certes, mais rien ne séduit autant que les fruits défendus, nous en avons un témoignage vivant dans ce roman du rêve, de la vie, de l’amour :
« Souvent, après minuit, on éteignait la lampe à pétrole dans notre maison sur pilotis, et on s’allongeait chacun dans son lit pour fumer dans le noir. Des titres de livres fusaient de nos bouches, il y avait dans ces noms des mondes inconnus, quelque chose de mystérieux et d’exquis dans la résonance des mots, dans l’ordre des caractères… » (p80)
Le troisième et dernier chapitre est un chemin d’apprentissage livresque, d’ouverture, de métamorphose et de déception aussi. La petite tailleuse chinoise pervertie au contact des héroïnes balzaciennes, décide enfin de partir en ville pour tenter sa chance. Ce dénouement est très inattendu, Luo voulait « créer une jeune fille belle et cultivée » mais il sous estime le pouvoir livresque qui transforme la chrysalide en un joli papillon, frêle certes, mais décidé à vivre son rêve de liberté jusqu’à la dissolution.
Luo, dans un moment de grand dépit mais de grand courage aussi, envoient tous ces personnages de papiers, qui ont su alimenter, jadis, leur froide solitude dans un enfer où ils sont réduits en cendre.
Balzac et la petite tailleuse chinoise est un roman aussi du plaisir : né du plaisir de la lecture et provoquant le plaisir de la lecture, grâce sans doute, à un plaisir de l’écriture.
D’un désir à l’autre, ainsi va la littérature.
En voici un extrait du résumé sur Wikipedia:
"Ayant pris possession des romans, quelques œuvres des plus grands auteurs occidentaux du xixe siècle, une nouvelle vision de la vie s’ouvre à eux. Luo fait alors un serment : « Avec ces livres, je transformerai la Petite tailleuse. Elle ne sera plus jamais une simple montagnarde ». Peu à peu, la lecture de l’œuvre de Balzac, en particulier, transforme la jeune fille qui devient une femme épanouie désireuse de découvrir la vie par elle-même. Les livres l’ont totalement transformée et ce n’est plus l’innocente paysanne qui déclare: « Balzac m’a fait comprendre une chose : la beauté d’une femme est un trésor qui n’a pas de prix ».
A la fin de l'histoire la petite tailleuse s'en va pour la ville, les livres l'ont changée et l'ont rendue désireuse de vivre des aventures avec d'autres hommes meilleurs." http://fr.wikipedia.org/wiki/Balzac_et_la_Petite_Tailleuse_chinoise
jeudi 26 mars 2009
une pensée en devenir...
C'est dans la différence que se situent les langues et les cultures les unes par rapport aux autres."L'inter" explore quand il est est dynamique et actif. Le bilingue a une tâche qui consiste à séparer les deux langues et à ne pas les confondre. Il est toujours un traducteur, il est inscrit en permanence dans un procès et dans un mouvement de traduction." L'inter" est aussi un laboratoire où les civilisations expérimentent leur point de passage et de résistance entre les cultures et les civilisations. Car il existe dans la spécificité de toute culture ou de toute langue, quelque chose d'intransmissible directement." L'inter "est également une guerre de position, les cultures s'engagent souvent dans un rapport de dissymétrie et d'inégalité. C'est aussi un vide, une distance neutre entre les uns et les autres."L'inter" peut se présenter comme un magma, une sorte de brassage, sinon une confusion plus ou moins violente, où la différence entre les uns et les autres se dissipe dans la magie du recommencement infini des racines perdues." L'inter" implique la tolérance qui comprend sa propre intolérance." L'inter" se confond avec la figure de l'Autre. Cette altérité est d'abord intérieure. Entre Moi et Moi, il ya toujours l'Autre. Dans ce sens ,écrire serait-il l'expérience d'inventer l'Autre? Mais comment l'écrivain peut-il inventer l'Autre à travers le lecteur?Abdelkabir Khatibi,in colloque sur L'interculturel .


