Affichage des articles dont le libellé est l'ici etl' ailleurs. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est l'ici etl' ailleurs. Afficher tous les articles

dimanche 16 février 2014

Si

 les gens

 se

 traitent 

en 

justes,

 le juge se repose

 (proverbe arabe). 

mardi 24 janvier 2012

L'Art de dé-filer

Une année
Puis une autre
l'aînée s'évince
la cadette avance
puis l'autre
Et l'autre
l'air Ici
l'ère Ailleurs
...
Saisons
Siècles
...

lundi 28 mars 2011

lundi 17 janvier 2011

Un sourire à définir


un sourire
une joie qui éclate et dont
l'échos nous saisit sans prévenir
un sous rire
une cape magique,
ravissement
un voile qui dévoile oh combien belle
est la félicité
un soûl rire,
une lune qui déchire les nues
vérité complète
ou croissant naissant mais oh combien satisfaisant
une voile qui vogue éclatante de blancheur 
nargue les vagues Azur
puis s'envole
une étoile qui brille
lointaine, amoureuse de la vie
...

un rictus
une dechirure de peau, trou de chair
une moue mole moule brulé
une grimace glaçante de laideur
selon l'humeur
étirement très gai ou laid un peu
pas assez façonné ou trop chiffonné
...

Que l'on rit jaune  faux
blanc  plat
rouge fou
bleu froid
un sourire demeure une ouverture
une vallée verte de verdure couverte
un vol de papillons aux nervures
délicates
une identité
un frisson de liberté
 ...

samedi 28 août 2010

Clairvoyance




La pleine lune me nargue

derrière ses nuages blancs elle m'épie
et oublie dans son ignorance
qu'un joli contour d'une beauté
séductrice de blancheur voilée 
ne saurait échapper à des regards ébahis

la belle
se détache lascivement de ses tissus
posture princière d'une reine
dans un ciel constellé

une nuit de pleine lune
l'une fait oublier l'autre
lunatique je suis 

vendredi 21 août 2009

Le Rituel de l'attente.




Parait-il, j'ai un "moi" ! Ce qui n'est pas nécessairement faux. Mais cette révélation m'a incité à demander des explications. Devant deux sorbets de fruit, la rencontre ne peut être qu’heureuse et l'univers s'ouvre devant deux personnes sincères. J'oubliais la philosophie, la sociologie, la psychanalyse et toutes les doctrines. Dans les limbes de mon esprit, devant ces coupes glacées, l'espace m'offre la méditation spirituelle, le temps me pousse à réfléchir le jeun, l'appel du Muezzin, du haut du minaret de la Koutoubia _ que je contemplais en ce moment- là_ m'invite à penser prière... les idées fluaient et ma petite tête ne pouvait accueillir, cueillir que ce qu'elle pouvait contenir... une idée, par idée.
La réponse me vient un peu abracadabrante, cependant, elle éclaire ma chandelle et me fait remonter le temps...

Un moi "civilisationnel", ce qui fait de moi, une femme civilisée. Un casse tête que d'essayer de comprendre le comment et le pourquoi de cette formule, et donc je remonte le temps pour admirer notre civilisation, je parle de l'humanité bien sûr, car quand on cause civilisation, je me demande ce que je ferais sans mes cartes de crédit, mes fast food, mes boissons gazeuses, mes habits chics, mon fric..
Le hic qui m'empêche de continuer cette liste restreinte et pourtant exhaustive, c’est exactement le visage de l'attente qui se dessine sur les visages : artisans, vendeurs, et apprentis, tous attendent...

Je me demande d'où tirent-ils ce courage de rouvrir, étaler leurs marchandises comme selon un rituel, d'attendre toute la journée avant de réemballer leur marchandises et de fermer boutique... Le rituel de l’attente. Voilà ce que fait d'eux la civilisation, des "attendeurs" qui attendent interminablement un acheteur qui tarde à venir, ou qui passe, admire les ruelles décorées, cette exhibition de marchandise, au pire des cas prend des photos et continue sa promenade dans les souks, ses dédales, ses couleurs, ses odeurs, ses ornements folkloriques, son art du toc, son art authentique... Rien que pour cet effort, la mairie devrait leur attribuer un salaire. Tiens, quelle excellente idée que de payer ces gens qui égayent nos murs, et donnent une allure accueillante à notre ville. Il faut l’avouer, sans cet étalage de marchandise, ces couleurs chatoyantes, ces différentes senteurs que serait Marrakech ? Une ville éteinte certainement.

Un air triste se dégage de ma radio, 3ich anta … inni mitou ba3dak, la belle voix de Farid Latrach m’accompagne dans cette remontée du temps, sonder le passé pour mieux comprendre le présent.
Remonter le temps jusqu'à Labruyère, puis lire Ses Caractères et admirer la civilisation, les hommes et le labeur. Je me sens une âme généreuse, et donc je partage avec vous ce texte satirique qui me fait horreur, que j'admire, qui me révolte parfois me met en pleurs tellement pour moi le temps n’a pas avancé et ce sont toujours les mêmes images que je continue de voir ou percevoir. Voir nécessite un regard objectif, percevoir, cependant, suppose concevoir, car c’est s’efforcer de distinguer, de se représenter le monde visible et invisible…

De l’homme,128ième fragment :

« L’on voit certains animaux farouches, des mâles et des femelles, répandus par la campagne, noirs, livides et tout brûlés du soleil, attachés à la terre qu’ils fouillent et qu’ils remuent avec une opiniâtreté invincible ; ils ont comme une voix articulée, et quand ils se lèvent sur leurs pieds, ils montrent une face humaine, et en effet, ils sont des hommes. Il se retirent la nuit dans des tanières, où ils vivent de pain noir, d’eau et de racines, ils épargnent aux autres hommes la peine de semer, de labourer et de recueillir pour vivre, et méritent ainsi de ne pas manquer de ce pain qu’ils ont semé. »

Le message que véhicule ce texte : il y a une frontière floue entre l’animal et l’humain. Message implicite : il y a des hommes qui vivent comme des animaux et ce n’est pas normal. Une humanité non équivoque, la misère, un déséquilibre entre le faire et l’avoir, pour aboutir à une nouvelle isotopie : le droit, l’injustice.

Où est mon "moi" civilisationnel entre la théorie de Freud sur l’inconscient et celle de Marx sur la société (l’idéologie) ?

NB : le Moi est l’instance médiatrice, sans cesse défensive occupée à protéger le sujet contre ses trois maîtres : le monde extérieur (l’homme dans la nature), le ça (besoin et habitudes prénatales), et le sur moi (la culture).

mercredi 8 juillet 2009

Le Balcon : de la perdition et de la perversion humaine

Dehors, la révolution gronde. Au bordel, Mme Irma règne jalousement sur son petit monde. Dehors, l’autorité vacille. Au bordel, un évêque ? Un juge ? Un général ? Fantasment à qui mieux mieux. Dehors, la ville est à feu et à sang. Mais que fait donc la police ?

Dans cette pièce, fable sordide appartenant à la mythologie contemporaine, Genet divise les espaces : La pièce vacille entre un intérieur luxueux, fantaisiste, éphémère et un dehors « no man’s land » des révolutions individuelles enfouies. L’auteur ne distingue ni époque ni pays précis, elle s’inscrit dans un « maintenant » intemporel.

Jean Genet divise les hommes, les uns ceux de la maison close, s’abandonnent dans une virtualité totale ; les autres ceux de dehors, également en perdition mais dans une réalité beaucoup plus concrète, s’adonnent à une lutte rebelle. L’urgence de la situation est grande, les maux aussi.

Le Balcon est par sa multiplicité et sa complicité, une pièce foisonnante qui permet l’exploration et la dissection des facettes humaines.

Le Balcon, théâtre de la transition entre une crise individuelle et une crise collective, inscrivait déjà ce thème. Et alors que la révolution s’engage dans la ville, le « Grand balcon », maison de prostitution, apparaît comme une réelle existence, comme l’essence du théâtral.

« Un des thème de cette pièce la mort définitive de mythes déjà exténués et la naissance d’un autre, arrogant sans doute, mais qui serait peut-être s’accepter cette naissance au fond d’une misère et d’une objection mythique. » Roger Blin.

Cette présentation est remarquablement structurelle pour un théâtre de la guerre en déplaçant paradoxalement son référent. Elle postule peut-être pour une représentation de la guerre plus universelle. Elle fait du théâtre une pratique transitoire.

Dans le Balcon, il s’agit d’une réalité fictive bien qu’elle soit pétrie de mensonges. Les clients du balcon s’identifient à leurs créations en vue de satisfaire un désir subliminal qui se caractérise par un rapprochement de la révolution. La différence réside en ce qu’en dehors du balcon, les mensonges passent par des vérités.

La maison d’illusion est définit comme tant un lieu « Qui représente la société, (où) de petite gens jouent la réalisation de leur rêves ». De là le statut de la maison d’illusion se définit ouvertement comme artificiel. Irma, ne dissimule aucunement le mensonge que recouvrent les mythes sociaux dont s’inspirent ses clients. Elle n’abuse personne, C’est par cette franchise qu’elle oppose sa maison à la société hypocrite.

La victoire d’Irma fut la transformation du balcon d’un bordel, reconnu depuis longtemps comme un paradis du toc, en un lieu phare pour le peuple vaincu. Celui-ci ne peut plus croire en l’authenticité des dignitaires qui le gouvernent. En faisant tomber leurs masques, ils abandonnent du coup leur identité. L’institution d’Irma est désormais le siège du pouvoir.

Le balcon, maison d’illusion, est le premier espace qui marque la réalité à l’intérieur de la pièce, lieu de la révolution, il n’en est pas moins lieu de fantasme où le pouvoir naît et prend forme.

Le deuxième espace, indique la réalité extérieure, à savoir celle des spectateurs hors du théâtre, il y est fait allusion à la fin de la pièce :

« Carmen ?...Carmen ?...Tire les verrous, mon chéri, et place les housses… (Elle continue d’éteindre.)Tout à l’heure, il va falloir recommencer…tout rallumer … s’habiller… (On entend le chant d’un coq.)… s’habiller…ah, les déguisements ! Redistribuer les rôles…endosse le mien… (Elle s’arrête au milieu de la scène, face au public.)…préparer le votre…juges, généreux, évêques, chambellans, révoltés qui laissez la révolte se figer, je vais préparer mes costumes et mes salons pour demain… il faut rentrer chez vous, où tout, n’en doutez pas, sera encore plus faux qu’ici…Il faut vous en aller… vous passez à droite, par la ruelle… (Elle éteint une dernière lumière.) C’est déjà le matin. Un crépitement de mitrailleuse. » Rideau.


vendredi 26 juin 2009

Blanc ou Noir... dites-vous?



...La pièce de Jean Genet, Les Nègres, a pour sous-titre aussi "clownerie".L'auteur l'a voulue une caricature grossissante du conflit qui gère les rapports entre Blancs et Noirs. C'est toujours la même thématique reprise, travaillée à travers ses différentes pièces: le rapport à l'autre, le rapport du dominant au dominé.

La force de la pièce réside dans le fait que Genet ne se contente pas de dénoncer les stéréotypes qui ont forgés le nègre, il entreprend de désintégrer dans les esprits l'imagerie qui s'y attache.

le rituel que met en scène la pièce est à la fois une mise à mort et une mise en pièce, une mise à mort du blanc et la mise en mort de toute cette gangue qu'il a siècle après siècle ,tissé autour du nègre. Une fois le tissu de clichés et de préjugés déchiqueté, le Noir retrouvera sa vraie couleur et l'Afrique enfin prendra son envol. Le numéro qu'annonce Archibald au début du spectacle n'est rien d'autre que ce geste d'émancipation:

"Si nous tranchons des liens, qu’un continent s'en aille à la dérive et que l'Afrique s'enfonce ou s'envole..."

Ces Nègres pour une conscience blanche, ils sont juste l'Afrique en ceci qu'ils symbolisent l'état dans lequel le blanc se délecte à les amener à les fixer.....

C’est aussi la mise en pièce de cette gangue séculaire qu'il a de considérer le noir tantôt avec une vision grossissante qui pousse le paroxysme jusqu'à l'exagération de la sauvagerie, de la sexualité, la sensualité du noir et tantôt de le diminuer, le rétrécir jusqu'au non-être : sans foi ni loi, ni religion, le chosifie, le minimise au rang d'objet, d’une bête de somme, d’un lucre.

Comme moyen de défense,ce noir,déterritorialisé,déraciné,arraché à sa terre natale,jeté dans un exil total,privé de son identité sans patronyme,la seule nomination qu'il portera c'est la marque du blanc:une marque onomastique qui en dit long sur les pratiques exclavagistes,inhumaines qu'à subit le noir. Marqué au fer rouge, sujet à toute violence, sa douleur extirpe la douleur, la magnifie en blues,jazz, pop, regue, gnawa ou autres.

De là, le noir expatrié, humilié dans son âme et sa chair tentera de se défendre en jouant au Nègre, en adoptant un masque, en cachant son identité au plus profond de son intériorité. En s'apprêtant au simulacre, il sera un comédien et son lieu c'est la scène. N’importe où il ira se sera pour lui une scène où il jouera le fantasme du Blanc, c’est à dire le Nègre.

Nous sommes tentés de s'interroger avec NIcole Pierre: qu'est ce qu'un NOIR? Pour elle, le noir c'est un exil, pour nous, le noir n'est qu'une couleur!

Si toutes les douleurs étaient Noires!

...

lundi 8 juin 2009

Un passager de l'occident...ou l'éternel errant...

L’homme maghrébin, comme le cavalier « déshérité » ou comme le héros de Cervantès, le conte De La Mancha, ce cavalier menant une errance délirante où il combat des ennemis invisibles, cet « héraut » selon l’expression de Farès poursuit sa recherche de valeurs dans son univers où se télescopent les influences et les courants les plus contradictoires.

Dans ce roman où les histoires internationales, humanitaires, parfois même faisant référence aux mythes « androgyne », la tour de Babel (une bouillie de langues), les itinéraires de plusieurs héros s’entrecoupent, des quêtes de bonheur entre ciel et terre, des descentes aux Enfers, au-delà de la mémoire « les périmètres désertiques vacillèrent vers la mélancolie d’un autre âge. Eurydice se souvint d’amour, d’espoir, avalés à grand souffle… « Tristessa… » Conchita écoute. Je la regarde, et telle Eurydice, au-devant d’Orphée, elle me guida vers la mort.

Quelques jours plus tard je bombardais Conchita de questions, et prévoyais un départ au plus loin de la terre » .

« Un départ au plus loin de la terre » ainsi se clos la quatrième séquence « A la Romance » et s’ouvre l’errance physique de Brandy Fax et Conchita à travers l’Espagne, un voyage au bout de la nuit. C’est sur cette nuit que ce roman nous interroge, sur le doute et sur la peur qu’on tente d’exorciser en les nommant. Et l’errance dans la noirceur de nous même, dont nous voudrions tirer une lumière, ce voyage au bout de la nuit que l’homme essaie d’effectuer, la trajectoire de sa pensée, la quête de sa méditation, se dessinent aux contours d’ images qui pourraient dire le parcours de son voyage intérieur. Ce voyage au non de l’amour qui est vie, sous le signe du mouvement qui est encore un paramètre essentiel de la vie. Au nom de l’écriture et en faveur de l’appel des origines. Il est curieux de noter ici comment Brandy Fax définit Conchita Lopez, sa compagne de voyage « qui est Conchita ? Merveille de pouvoir répondre à cette question. Car Conchita appartient au voyage du corps et de l’esprit. Ainsi est-elle ! »

Dans ce roman animé du souffle de l’aventure, il est principalement question du passé, qui relie les personnages dans une histoire individuelle et collective : souvenirs d’enfance fédérateur d’une parole commune, tragédies portées par des mémoires encore fraîches mais ce n’est pas une analyse ou un procès de l’écriture qui dit du temps mais plutôt l’étude du destin que le héros s’est choisi qui aide à repérer les idées latentes du récit. Une errance qui force la mémoire pour opérer la résurrection du passé.

Promenade au travers de l’enfance, des pays proches et lointains, des lieux de rencontre et de séparation. Le roman retrace les événements qui ont bouleversé l’enfance et la jeunesse. Voyageur impénitent, le héros avance à « pas » de poésie dans l’herbe du souvenir. Son passé le rattrapera sans cesse afin qu’il n’oublie jamais ses origines kabyles, afro-américaine ou espagnole. Tourmenté par ce lourd passé, ces voyages en France voire même en occident sont autant d’étapes vers la sagesse qui secondent son passage au monde, à la manière des récits initiatiques.

Pour échapper à ses souvenirs, il devra quitter sa ville, sa famille, une certaine identité, à la recherche de sa vérité qui est contre culture et contre pouvoir. Ses idées le mèneront de l’autre côté de la méditerranée, vers ce pays qui le fascine, dans une tragique épopée où il sera confronté à bien des aventures mais aussi à l’horreur du racisme et de l’exclusion.

Face à la déterritorialisation, l’écriture vient comme une blessure car c’est une tentative de reterritorialisation symbolique à base d’archétypes, de sexe, de sang et de mort. Pour Nabile Farès c’est aller vers « le maximum de sobriété, le maximum de pauvreté ; vers l’écriture « blanche » ou le degré zéro de l’écriture _ celle de Boujedra des poèmes de Dib, ou celle des romans de M. Mammeri ». Car si dans ces moments « romancériens », écrit Farès, j’apparais comme un zéro qui vadrouille, je dois dire que la vadrouille de ce zéro semble mystérieusement active. Il suffirait qu’un événement provoque l’activité de ce zéro pour que, immédiatement, surgisse la multiplication des capacités du zéro » (p 59)

Véritable voyage initiatique_ dans le sens psychologique du terme (initiation à la mort) _ à la saveur d’exotisme et de rêve, les aventures du héros l’entraînent dans une errance perpétuelle. Sur sa route, il rencontre des personnages qui enrichissent chaque épisode d’une dimension quasi-philosophique. Grâce au mouvement, le héros est dans une autonomie, il est dans sa propre identité : absence de pôles. Le héros se divinise car il n’est plus dans un rapport de dépendance, il a compris le mouvement idéologique esclavagiste. Le héros est lui-même dans cet ailleurs qui n’est pas espace de fixité, mais théâtre de passage, de séjours brefs, de renouvellement. Il s’inscrit dans la brièveté, dans la transition et dans l’errance éternelle car « un passager » est à la recherche d’un récit et le récit vient comme fruit du mouvement qui est une possibilité d’être, comme l’écriture est elle-même rythme. Le héros de Nabile Fares s’inscrit dans l’errance moderne, un héros problématique forcément du moment qu’il a choisi l’exil comme lieu d’ancrage d’un futur meilleur. Mais cet idéal est vite effrité face à la réalité de cette terre d’exil : un rêve qui se solde par la déception et l’échec.

La quête continue forcément, car cet idéal qui l’érige est lui-même mouvement et catalyseur de la quête. Or la quête ne peut pas s’arrêter et ce n’est pas tant que parce que le héros voyage dans le monde et ne trouve rien qui correspond à ce qu’il cherche. Mais parce qu’en même temps, et surtout, que ce voyage en apparence extérieur (dans la réalité du monde) est surtout une métaphore d’un voyage beaucoup plus essentiel, primordial, qui est un voyage en soi (voyage intérieur), voyage de la connaissance de soi en soi.


mercredi 20 mai 2009

Verre Cassé


Verre cassé est un discours secondaire, roman par excellence de l’intertextualité.

Verre cassé, de l’écrivain congolais Alain Mabanckou est une vaste critique sociale. Tout s’y mêle et s’agence bien : l’ironie, la dérision, la parodie, le pastiche, la référence, l’allusion. Les narrateurs rient beaucoup pour faire passer le tragique.

Verre cassé affiche l’intertextualité dans une logique d’école de critique : lecture de repérage.

Dès le titre quelque chose est cassée, le lieu de l’action est un bar d’où l’intérêt de se demander quelles histoires seront  abordées par le narrateur  et si l’on prend en considération la dimension polyphonique du roman, on parlera de pluralité de voix.

Les protagonistes sont des personnages picaresques qui veulent s’en sortir et que le romancier veut élever au rang de héros. Ascension impossible, cependant le voyage dans l’espace et dans le temps continue, l’écriture voyage d’un bout à l’autre de la mémoire et du monde.

Aborder l’histoire d’un retour au pays natal (le cahier d’un retour au pays natal  de Aimé Césaire p 23). On est perpétuellement dans le second, voire le troisième degré.

 Au delà de l’histoire ou des histoires racontées,  tout dans verre cassé est traversé par l’intertextualité : la nomination de l’espace, des personnages, des lieux, des événements, la syntaxe etc.

La focalisation du récit sur un lieu salubre, un bar, en fait du roman une écriture de rumeur, qui touche les secrets des personnes et donc accorde à l’oralité de l’écriture une importance importante. Dans ces lieux interlopes l’écriture devient le réceptacle de néologisme. La syntaxe est du coup non classique : absence de point, de majuscule. Le texte mime cette oralité feinte et en adopte structurellement parlant la cadence. Cependant,  ce texte trahit un travail de recherche dans l’écriture et aussi dans la construction. La coquetterie et  la finesse de l’auteur se sentent derrière ce rideau  de vulgarité et de déconstruction.

Verre cassé peut être qualifiée comme un débat de l’écriture et de l’oralité. Une ouverture large de la bibliothèque de l’écrivain et  une fenêtre sur  sa culture livresque et aussi culture orale. L’intertextualité  qui veut taire les sources africaines, échapper à ce déterminisme sert aussi comme voyage dans le temps, montrer que les frontières sont poreuses, perméables au mélange des genres. C’est aussi une remontée, un voyage initiatique, une catharsis, un détachement d’avec cette quête identitaire, avec le mythe des origines.

L’intertextualité se lit aussi à travers la forme du texte et non seulement le contenu. En effet, verre cassé est construit sur le modèle des textes grecs : prologue,les digressions, la fin annonce le prolepse de tout le roman.

Par le biais d’une syntaxe brisée ,, le néologisme, les formes populaires, la présence de l’oralité : le débit la cadence de l’oralité se lisent  au niveau de l’écriture. des héros qualifiés d’anti-héros , histoire de petit gens miséreux, Alain mabanckou reste fidèle  à son époque et à la génération des nouveaux écrivains africains en s’éloignant des thèmes classiques traités par l’ancienne génération tels que : la patrie, la mère, la race .  la bibliothèque du narrateur échappe à ce déterminisme qui a contraint les anciennes générations qui n’écrivent que sur des icônes.  L’histoire est écartelée, les personnages avachis par l’inaction et la beuverie, la parole  demeure  comme le seul acte libérateur.

Avec verre cassé, la dérision devient intellectuelle et intertextuelle. Cependant, la dérision commence en Afrique vers 1968 avec Le devoir de violence, de Yambo Oualoguen. Qu’est ce à dire ? Verre cassé remet en question toute cette littérature ingurgitée, ce savoir appris par cœur, un savoir académique ancien, dépassé mais incontournable. Le problème de la génération d’Alain Mabanckou est double : esthétique dans le sens de la recherche de nouveauté, mais surtout une tentative de réhabiliter la culture africaine.

 L’intertextualité devient une notion beaucoup plus opératoire qui invite à des analyses précises et minutieuses. Le roman constitue une mise en abîme à d’autres romans anciens ou contemporains. Par exemple quand il écrit à la page 171 : « je me souviendrai toujours de ma première traversée d’un pays d’Afrique, c’était la guinée, j’étais l’enfant noir (Camara Laye),j’étais fasciné par le labeur des forgerons, j’étais intrigué par la reptation d’un serpent mystique qui avalait un roseau que je croyais tenir réellement dans ses mains, et très vite je retournais au pays natal (aimé Césaire), je goûtais aux fruits si doux de l’arbre à pain (Tchicaya U Tam’si), j’habitais dans une chambre d’hôtel la vie et demi (Labou Tansi), qui n’existe plus de nos jours où chaque soir, entre jazz et vin de palme(Dongala), mon père aurait exulté de joie, et je me réchauffais au feu des origines (Dongala).. ».  Les exemples abondent dans l’œuvre.

Pour régler certains problèmes d’ordre religieux ou politico social, Alain Mabanckou fait recours à la dérision totale comme but et fin de l’intertextualité. La formule « j’accuse » reste une  allusion très forte  et une critique de ce qui se passe dans les hautes sphères politiques « les nègres du cabinet  présidentiel se sont mis au travail forcé avec une sagaie de Chaka Zoulou et une épée de Damoclès qui pondait au dessus de leur tête » (V.Cp22) aujourd’hui l’épée de Damoclès reste dans le langage courant pour signifier le danger qui plane sur quelqu’un. Alors que par la dialectique de la sagaie, l’auteur fait un clin d’œil à un homme au charisme exceptionnel, Chaka Zoulou qui a favorisé l’émergence d’une grande nation homogène, prospère et respectée. Mais avant de bâtir, le cyclone que cet impitoyable « nègre » de l’apocalypse a fait souffler sur son passage, aura saccagé avec une rare démesure les anciens piliers d’une configuration ethnosociale complexe.

Par le biais du pastiche, plusieurs formules et adages sont remis en question :  « les gens oublient malheureusement qui en ont été les vrais auteurs et ne rendent pas à Césaire ce qui est à Césaire »  (V C p23)  en pastichant certaines citations politiques comme « la religion est l’opium du peuple »ou faire allusion à l'« hostie noire »  la pièce les Nègres de Jean Genet, ou encore certains proverbes bibliques comme «  il faut rendre à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu », il remet en question les affirmations concises d’usage commun, exprimant des croyances répondues, des vérités empiriques et des conseils populaires. Cette sagesse populaire qui a ses racines parfois dans le politique, le plus souvent dans la religion ou s’enracine dans le folklore est véhiculée par la tradition orale. Dans verre cassé, l’auteur n’a épargné aucun domaine sans en citer des exemples ou des références, comme avec cet exemple un clin d’œil à l’équipe de foot : « tout le monde sait que le Cameroun restera toujours le Cameroun, et il ne viendra à l’idée d’aucun pays du monde de lui voler ses réalités et ses lions qui sont de toute façon indomptables… » (v.c p25).

C'est un très beau texte que je vous recommande absolument. vous serez surpris...

Pour plus d'informations sur le livre ou sur l'auteur Alain Mabanckou, veuillez consulter ma liste des blogs.

http://www.lecreditavoyage.com/article/verre-casse-a-loccasion-du-20-eme-anniversaire-du-festival-etonnants-voyage/#When:10:28:00Z 

vendredi 1 mai 2009

Balzac et la petite tailleuse chinoise.


Dai Siji, Balzac et la petite tailleuse chinoise, Edition Gallimard, collection Folio, 2000

 

Un livre   qui renferme plusieurs indices autobiographiques. à partir du titre, le lecteur est saisi par un mélange féerique entre tradition narratologique chinoise et  le monde occidental par le biais de l’écrivain de  La Comédie humaine, à savoir Balzac. Le décalage entre la fiction et la réalité va être réduit.

C’est un livre qui retrace une période historique pénible que le peuple chinois a dû supporter : voir ses écoles fermer, accusées d’être un lieu de dépravation et de  formation d’ennemis de la révolution de Mao.

On peut même penser que l’auteur a voulu dénoncer des événements dont il a été lui-même victime_ d’une part, parce que le discours des deux amis raille le pouvoir et l’idéologie communiste (pour légitimer une sonate de Mozart, Luo a dû l’associer au nom du père de la révolution rouge  « Mozart pense au président Mao ») d’autre part parce que Dai Siji, n’est pas sans de multiples points communs avec le narrateur de son récit

 

Le texte s’ouvre sur deux jeunes chinois, exilés « politiques » du pouvoir communiste en place, destinés à être rééduqués par des paysans ignorants. Dans  la montagne du Phénix du Ciel, lieu si éloigné de la civilisation, Luo et le narrateur se transformèrent en saltimbanques : ils jouaient du violon ou racontaient des histoires, des films,  etc. histoire triste mais traversée par un humour acerbe qui relate des faits parfois à l’odeur nauséabonde, scatologiques comme la corvée des transport des sceaux d’excréments.

Leur douloureux apprentissage ne fait que commencer et l’intelligence de Luo leur a valu bien des privilèges.

 

Le deuxième chapitre de ce roman est organisé autour d’un unique enjeu : « le Binoclard possédait une valise secrète, qu’il dissimulait soigneusement ». En effet ce personnage avait en possession une valise de livres bannis. Dès lors, la lecture sera leur seule consolation dans ces  contrées tellement éloignées de toute forme de civilisation. Ainsi, BALZAC  sera leur première bouffée d’air libre qui sera d’ailleurs le début d’un désir inassouvi de lecture, de la seule échappatoire possible vers le monde imaginaire et tellement convoité par nos jeunes  « intellectuels » révoltés.

Aidés par la petite tailleuse chinoise, nos deux jeunes héros ne ménagent aucun effort pour s’approprier la valise secrète, et donc de nombreuses péripéties, et aventures dont la plupart scabreuses vont être relatées toujours avec un sens de l’humour hors pair. Une idée des plus séduisante de ce livre est que le butin tant convoité  est composé de livres. Interdits, certes, mais rien ne séduit autant que les fruits défendus, nous en avons un témoignage vivant dans ce roman du rêve, de la vie, de l’amour :

« Souvent, après minuit, on éteignait la lampe à pétrole dans notre maison sur pilotis, et on s’allongeait chacun dans son lit pour fumer dans le noir. Des titres de livres fusaient de nos bouches, il y avait dans ces noms  des mondes inconnus, quelque chose de mystérieux et d’exquis dans la résonance des mots, dans l’ordre des caractères… » (p80)

 

Le troisième et dernier chapitre est un  chemin d’apprentissage livresque, d’ouverture, de métamorphose et de déception aussi. La petite tailleuse chinoise pervertie au contact des héroïnes balzaciennes, décide enfin de partir en ville  pour tenter sa chance. Ce dénouement  est très inattendu, Luo voulait « créer une jeune fille belle  et cultivée » mais il sous estime le pouvoir livresque qui  transforme la chrysalide en un joli papillon, frêle certes, mais décidé à vivre son rêve de liberté jusqu’à la dissolution.

Luo, dans un  moment de grand dépit mais de grand courage aussi, envoient tous ces personnages de papiers, qui ont su alimenter, jadis, leur froide solitude dans un enfer où ils sont réduits  en cendre.

 

Balzac et la petite tailleuse chinoise est un roman aussi du plaisir : né du plaisir de la lecture et provoquant le plaisir de la lecture, grâce sans doute, à un plaisir de l’écriture.

D’un désir à l’autre, ainsi va la littérature.

 En voici un extrait du résumé sur Wikipedia:  

 "Ayant pris possession des romans, quelques œuvres des plus grands auteurs occidentaux du xixe siècle, une nouvelle vision de la vie s’ouvre à eux. Luo fait alors un serment : « Avec ces livres, je transformerai la Petite tailleuse. Elle ne sera plus jamais une simple montagnarde ». Peu à peu, la lecture de l’œuvre de Balzac, en particulier, transforme la jeune fille qui devient une femme épanouie désireuse de découvrir la vie par elle-même. Les livres l’ont totalement transformée et ce n’est plus l’innocente paysanne qui déclare: « Balzac m’a fait comprendre une chose : la beauté d’une femme est un trésor qui n’a pas de prix ».

A la fin de l'histoire la petite tailleuse s'en va pour la ville, les livres l'ont changée et l'ont rendue désireuse de vivre des aventures avec d'autres hommes meilleurs." http://fr.wikipedia.org/wiki/Balzac_et_la_Petite_Tailleuse_chinoise

 

 

 

jeudi 26 mars 2009

une pensée en devenir...

C'est dans la différence que se situent les langues et les cultures les unes par rapport aux autres.
"L'inter" explore quand il est est dynamique et actif. Le bilingue a une tâche qui consiste à séparer les deux langues et à ne pas les confondre. Il est toujours un traducteur, il est inscrit en permanence dans un procès et dans un mouvement de traduction.
" L'inter" est aussi un laboratoire où les civilisations expérimentent leur point de passage et de résistance entre les cultures et les civilisations. Car il existe dans la spécificité de toute culture ou de toute langue, quelque chose d'intransmissible directement.
" L'inter "est également une guerre de position, les cultures s'engagent souvent dans un rapport de dissymétrie et d'inégalité. C'est aussi un vide, une distance neutre entre les uns et les autres.

"L'inter" peut se présenter comme un magma, une sorte de brassage, sinon une confusion plus ou moins violente, où la différence entre les uns et les autres se dissipe dans la magie du recommencement infini des racines perdues.

" L'inter" implique la tolérance qui comprend sa propre intolérance.

" L'inter" se confond avec la figure de l'Autre. Cette altérité est d'abord intérieure. Entre Moi et Moi, il ya toujours l'Autre. Dans ce sens ,écrire serait-il l'expérience d'inventer l'Autre? Mais comment l'écrivain peut-il inventer l'Autre à travers le lecteur?
Abdelkabir Khatibi,in colloque sur L'interculturel .